Plages de Temps
plaisir immobile
la pluie des lettres
verse dans l’Océan du Sens
Plages de Temps
plaisir immobile
la pluie des lettres
verse dans l’Océan du Sens
ivre à vélo de retour tard chez moi
maintenant même la lune est couchée
vue sur mon balcon glissant sur l’horizon
un regard en coin, brun et triste
demi-lune esseulée, rongée de regrets
de soucis, résignés
(vers 2h00 dans la nuit de jeudi 12 à vendredi 13mai)
(Extrait du “Journal interruptif”)
Vendredi, le 22 avril 2011.
Un champion de la vérité. Ici, chez Benson, dans le matin ensoleillé, il m’a été donné un rêve qui pourrait donner lieu à une nouvelle intéressante. Il connecte l’élément diurne d’hier soir, ici, de retour du centre-ville, où je me faisais la remarque qu’il y a une logique rigoureuse qui s’applique aux échecs, et que l’on y peut donc trouver quelque vérité, avec, plus tard en fin de soirée où le vin aidant au restaurant avec Ben je pérorai gaiement… me faisant après coup l’effet, plutôt honteusement, d’un champion de la vérité. Le titre lui-même m’a été donné dans le même rêve, à la fin dans la section semi réfléchie. Mais cela donnerait lieu à une nouvelle austère. Je me demande si je trouverais le style, sans parler de l’énergie, de l’écrire.
Avant de trouver le sommeil cette nuit-là, dans mes rêveries littéraires je me disais que Musil avait tenté et presque complètement réussi le roman du siècle avec son Der Mann ohne Eigenschaften. « Sans qualité », la traduction française du titre, pourtant exacte au sens de la traduction littérale, laisse une impression péjorative, de grossièreté, démission ou abandon. Mais c’est qualité au sens de propriété (d’un matériau), ou de caractéristique précise (d’un être, situé). Il faut chercher plutôt dans le sens d’un détachement des déterminations sociales habituelles, donc un état intéressant de disponibilité propice aux expérimentations un peu hors limites, en dehors des sentiers battus en tout cas. Si je me décidais enfin à produire une œuvre, je voudrais que celle-ci soit dans la continuité de ce genre de problématique.
Ici il fait un tellement beau soleil en après-midi que je suis tenté de jouer à la plante verte plutôt que de faire mon lavage. Je sens que la pratique du Tai Chi peut m’aider un peu mais mon état général de santé est tout de même passablement détérioré, avec ankyloses, baisse du niveau d’énergie un peu partout et mains engourdies, pieds et jambes des fois élançant de chaleurs internes (faux yang). Je ne peux pourtant pas me plaindre de la trajectoire de vie que j’ai eue. J’arrive à un point d’équilibre, un plateau intéressant peut-être avant la grande descente. Si j’avais eu plus d’amour j’aurais peut-être simplement brûlé plus vite, ou cassé sous la pression, encore, à l’usage, aux prises avec des défis ne correspondant pas à mes forces. Siècle paroxystique d’où je viens et où il fallait être un peu « drop out » pour survivre.
La Voie ? Cette phrase sonne encore mieux en anglais. « Il n’y a pas de voie vers le bonheur, le bonheur est la voie. » (There is no way to happiness, happiness is the way.) «Jusqu’où suivre la voie ? Dans beaucoup de cas, comme dans le mien, cela sera : « Trop peu, trop tard »… Sinon vérifiable, on comprend comme logiquement nécessaire la croyance en la réincarnation. On commence à peine à réaliser quelque chose en une vie, quand celle-ci est raisonnablement bien menée. Alors pour gagner, progresser, avancer vraiment dans le domaine spirituel, transcender les limites de la bête humaine, il faudrait plusieurs vies. Il y a, probablement, plusieurs vies, mais pas nécessairement pour un. Juste pour un, je veux dire : pour un même. Il y a nécessairement plusieurs vies, myriades, mais qui se nourrissent en quelques sortes, les unes-les autres. Les unes des autres…
prédation, inimitiés, passions, conflits, contradiction… la montagne : gagner un point de vue élevé, au-dessus de la mêlée, sens, vision du tout.
Je voulais écrire sur la situation sentie, la vibration spéciale au moment de l’équinoxe mais je ne la sens pas tellement bien, je ne me sens pas spécialement bien. Ce printemps est truqué. Je ne sais pas trop quoi dire… L’amour est mélangé, la solitude et le désamour, la séparation en tout cas, l’isolement domine. Puis il me semble que les équinoxes, sauf dans les moments d’effervescence, m’inspirent moins que les extrêmes que sont les solstices. L’équinoxe n’est qu’un bref moment d’équilibre, tout de suite vaincu, une simple transitions sans résistance dans l’ajustement des forces entre les forces de Nuit et celles du Jour. Les solstices me semblent des moments de plus de conséquences puisqu’ils sont le moment du retournement de la tendance, là où la force était allé au plus loin qu’elle pouvait et doit revenir vers le centre, au risque de détruire le domaine de l’équilibre, notre continuum espace-temps, accoutumé pour la suite de toutes nos expériences. Tant que je suis en vie je me souciereai des solstices…
Je ne sais pas quoi dire alors je me contente de broder sur le thème…
Merveilleuse planète. Foisonnement culturel. Luxuriance tropicale. Rigueurs et folies nordiques. Objets distingués. Les glaçons bien rangés dans leur moule au frigidaire. Mais chaque danger qui communique. Les peurs sont contagieuses. Manie fanatique. Paranoïa critique. Psychose ludique, ou tragique. Grave légèreté. Il y a de la sagesse même dans certaines extravagances. Coup de point didactique, jambette prophylactique.
Les grandes cultures asiatiques, celles de la Chine et du Japon, demeurent énigmatiques. On ne peut pas les simplifier en quelques traits. L’antiquité de la Chine, la réactivité énergique du Japon créèrent des univers complexes qui résistent à l’analyse, à la curiosité des penseurs et enquêteurs occidentaux. Se dégage cependant l’idée partout présente de l’acceptation hiérarchique : le besoin ressenti par pratiquement tous les individus de faire partie d’un groupe fortement structuré, comme la famille, le clan, le réseau d’amis ou d’affaires (guanxi) tout cela un peu emmêlé scellé par des plaisirs pris en commun, dans les bars ou restaurant, au bordel pour les mâles, souvent, consolidées pas les faveurs, les pots-de-vin. Fraternité (ou sororité, quelque forme de solidarité féminine, plus ou moins embryonnaire, parce que les femmes sont encore en position dominée dans ces cultures, elles s’appuient sur des prérogatives équivoques), brigade, nation, pays, empire… Chacun y trouve sa place, comme un élément de l’ensemble et y oeuvre diligemment. Rares sont les individus, même si la solidarité est un peu forcée, pas toujours enthousiaste mais prenante tout de même, adhésion quasi-spontanée en tout cas au-dessous du niveau conscient. Car on se méfie des solitaires, rarement auront-il la force de se constituer en souveraineté et celle-ci doit demeurer secrète. L’individu solitaire est forcément perçu comme un énergumène qui prétend faiblement opposer son indépendance, théorie, face à la puissance pratique, matérielle des groupes constitués.
Pour chacun l’ennemi est un maître s’il n’est pas mortel. La peur début de la sagesse ? Il faut être comme moi vachement insouciant pour oser même en douter ! Mais il est mortel en cet autre sens, ontologique, tout comme toi, mon frère.
Merveilleuse planète. Nous n’en avons pas d’autres. Enfoncés dans la mémoire, nous avons entrevu d’autres avenirs. Mais lourdement responsables du présent, empêtrés dans cette déconfiture, nous ne voyons plus le chemin. L’individu ne peut rien, à moins d’être puissamment créatif, créateur. Mais quel groupe pourra nous sauver ? Il faut l’esprit, et pas seulement de corps, résolument constructif. Comment peut-il cohabiter avec la lucidité sans faille, toute autant nécessaire ?
Naissance ? … constrictions. — Éveils ?
À force d’habiter
dans une vallée de larmes
aux soleils riants
des années durant
peines joies et chants
enchaînant leurs charmes
tour à tour sobre et délirant
j’acquiers la sensation
de multiples résonances
dans les entrailles du monde
Aimer c’est le choix
c’est le risque
c’est la fatalité qui tombe
C’est vivre pour vrai
toutes tripes dehors
l’intensité du moment
“wù”
Voyez-vous les ombres
profilées sur les rochers
au moment de l’éclair?
ouverte ou fermée
la porte à l’entrée
de la caverne?
pouvez-vous sortir
voir le soleil
éclairer la vallée?
l’intérieur en paix
accueille désormais
le tumulte du monde
avez-vous du “wù” ?
Voyez-vous le “wù” ?
L’homme sans amour est une bête blessée
un danger pour lui-même
avant d’être pour les autres
vivre sans amour
est comme un long tunnel
la grisaille, les limbes
il vaut mille fois mieux
du vin boire la coupe amère
et mourir au soleil
les poètes tentent
d’exorciser vos démons
avant qu’ils ne vous sautent…
— à la face !
@ Lhisbei : “le pauvre” vous salue , bien bas le hukou , à vos pieds
Sous la chape bleue
une frange claire
nimbe l’horizon
une cheminée élancée
contribue au plomb
de ses volutes tacites
le ciel pèse de tout son poids
en monstrueux phylactère
sombre discours muet
interprétations — personne n’empêche
les poètes le guettent — l’éclairage du Jour
qualités de lumière — elles diverses, changeantes
La Vérité est Une
les points de vues multiples
Rien de bien tragique. Une baisse de régime… pas d’énergie. C’est le même Jacques, transvasé tel quel dans la nouvelle année. Ce découpage du temps est arbitraire. Je suis sur le dos après un déménagement éprouvant (mal au dos d’ailleurs, mais quelque fois c’est parce que je demeure trop volontiers et trop longtemps au lit) et je subis une perte de confiance, un étourdissement, un peu de laisser-aller après les quelques libations qui sont de saison. Je me suis recouché en après-midi. Elle devient moins grave l’âge venant, peut-être, moins aiguë et fréquente en tout cas, mais la misère sexuelle aussi fait sentir ses effets.
Le temps arrive trop vite aussi. Pfuit! nous y sommes! C’est comme si je n’avais pas eu le temps de méditer sur la transformation. J’ai pensé que je voulais devenir un sage taoïste! Imaginez! je suis loin du compte… Mais je suis le même et je m’attaque à des tendances lourdes de ma personnalité, mes principaux défauts. La paresse et l’indolence. Mais j’ai des choses à faire et tous les problèmes ne sont pas réglés! Je ne suis pas organisé.
Mais je sais qu’il ne sert à rien de me mettre trop de pression. Et il faut que je me choisisse des objectifs modestes, échelonnés dans le temps en commençant par le court-terme, et puis je dois être en mesure de la atteindre parce que c’est d’abord sur de petites victoires que l’on construit les grande.
La santé est la priorité première. Il faut regagner des habilités motrices, tonus et force musculaire, continuer de perdre du poids pour désankyloser les mains, ne plus subir ces bouffées de chaleur… Pour cela il faut mettre sur pieds un programme d’exercices réguliers. Puis, au deuxième rang, je voudrais bien travailler mieux l’écriture que j’aime. Si elle pouvait changer ma vie cela serait encore mieux !
Troisièmement il y a ces efforts que je dois, que je veux consentir pour me rapprocher de mon amour. Ce troisième mouvement est dans la continuité directe des deux premiers. Mais pour tout de suite il ne sert à rien de mettre la pression et de culpabiliser. Conscience méditative, calme, retour à la lucidité sont prérequis.
Le soleil se montre finalement, sortant du smog… Ça sentait le brûlé assez fort hier. Faute de vents la fumée de combustion des poêles à bois partout aux alentours s’accumulent et nous sommes coincés, étouffés presque, sous ce nuage… Ce mélange doit-être aussi très humide, charriant de la vapeur d’eau puisque les branches des arbres sont toutes givrées.
C’est un spectacle saisissant! dont il faut jouir vite, ne pas attendre des heures pour voir jouer les rayons à travers les branches parce que c’est la journée où ce soleil se montre le moins généreux pour nous, pauvres terriens en train de subir encore cette épreuve régulière du passage, ce solstice d’hiver… j’en frémis encore quand j’y resonge : celui de l’an dernier coïncidait avec une grave crise émotive. Les craques s’élargissaient dans ma relation à Yezi et bientôt notre amour allait sombrer.
Et puis s’est révélé au moment de cette crise un problème de santé qui n’allait plus me lâcher tout du long de cette drôle d’année. L’an dernier le 13 décembre je me souviens d’être allé me faire vacciner pour la grippe H1N1… et c’est huit ou neuf jours après que mes problèmes commençaient… Coïncidence ? Je ne crois pas.
Qu’il y ait une part de ma faute, je n’en doute même pas. Mes habitudes de vies ne sont pas parfaitement saines. Je ne suis pas un saint. J’ai longtemps bu beaucoup trop et je continue, à l’occasion plus doucement, mais l’alcool produit certains effets qui s’accumulent avec le temps dans l’organisme. Puis j’ai versé pas mal (trop) dans l’échauffement artificiel du yang, faute de partenaires sexuels réguliers.
Alors, depuis cette crise émotive du dernier solstice, où ma colère était demeurée inconsciente, car j’étais dévasté par l’aveu de Yezi qu’elle s’était sentie plus proche de sa précédente historiette, ce fameux « G », qu’elle le trouvait plus passionné que moi ! J’ai brûlé dans mon corps pendant trois jours, incapable de faire face à la musique.
Nous nous étions un peu rabibochés alors, elle m’assurait qu’elle tenait encore à moi mais cela n’avait pas tenu longtemps. J’avais au début de l’année perdu sa sympathie et elle ne me l’a laissé savoir que lentement, au gré des messages sibyllins semés dans son blog…Le rafistolage a cédé par ma faute ensuite : j’avais trop avoué mes fautes, ces mauvaise habitudes de gaspillage yang. Ça l’avait dégoûté de moi, désespéré : elle n’avait pas à se taper tant de bassesse, avait-elle écrit en se servant d’une citation non située de Breton.
Cela m’a pris bien du temps à comprendre la leçon. Nous sommes amis maintenant mais il y a eu une longue éclipse dans notre relation avant qu’elle ne puise reprendre dans son nouvel aspect. Encore assez proches, nous ne sommes plus amoureux mais bien amis. Elle n’arrive pas à trouver l’homme qu’il lui faut.
Maintenant, j’ai perdu de l’habileté motrice et j’ai les mains engourdies presque continuellement. Il faut que je m’active car sinon c’est l’ankylose qui guette et la vieillesse qui rapplique à grande vitesse. Pour me garder jeune, vivant, actif, il me faudra plus que de bonnes résolutions dès le début de cette nouvelle année.
Avec l’éclipse de lune en plus, totale, juste avant le solstice, je craignais cette année-ci, maintenant! plus une explosion de folie meurtrière du côté des deux Corée. Comment interpréter ce moment astronomique? Il semble que c’est un moment où le yin, dans toute sa splendeur, s’éclipse alors que le yang lui-même, étant au plus bas pour nous, fait encore sentir sa puissance : en fait c’est la terre qui se glisse entre les deux astres principaux de notre ciel et fait office de diviseur.
Quelles en seraient les conséquences, pour nous, terriens, de jouer ainsi les trouble-fête dans les retrouvailles normalement attendues du soleil et de la lune? Mais si on y regarde de plus près, lorsque le yang est au plus bas et que le yin, au lieu de jouir effrontément de sa suprématie s’éclipse, cette « pudeur » pourrait me semble-t-il nous rapprocher un peu plus de l’harmonie… En fait, c’est un tour d’esprit : on pourrait interpréter la fin de cette décennie ainsi sous les auspices d’un très bon présage.
Il semble que nous serons encore épargné pour le moment, les dernières nouvelles semblent bonnes alors que la Corée du Nord renonce à faire feu sur les manœuvres sud-coréennes, s’abstenant de répondre aux tirs d’artillerie qui ne sont même pas dirigés sur son territoire. Enfin, il faudrait voir plus précisément car je sais qu’ils ne sont pas d’accord sur le tracé des frontières.
Ici dans mon nouvel appartement où les fenêtres s’ouvrent sur le nord, je n’ai jamais le soleil en pleine face. Mon lit placé dans l’axe, la tête au nord, je dors bien. Le tout me convient bien mais je suis lent à organiser mon perchoir. Il y aurait encore tant de choses à faire et je n’ai envie que de repos, paix, calme, méditation. (À plus tard pour “luxe et volupté”…) Je préfère écrire mais je n’ai pas assez de temps pour lire. Sans argent en fin de mois je me demande comment faire si je dois aller en plus à Boucherville.
Sans argent en fin d’année, je ne me soucie pas beaucoup de Noël. Le passage à la nouvelle année, je crois bien, ne sera pas l’occasion d’un gros party pour moi. Mais tout ça c’est du rabâchage. L’important pour le moment est de voir comment je vais m’organiser pour rebondir tout au long de cette nouvelle année 2011 et de toute la décennie. Je ne suis pas mort et je détiens encore les clefs de ma réussite.
le destin se referme comme une huître
sur la perle que l’on fut en conscience
Tous les jours le désir nous tenais aux tripes nous prenais comme une flamme embrasant nos sens à la recherche de la perle du plaisir d’amour. De tout ce temps nous ne savions pas que la perle est à trouver en nous et non pas au dehors.
Je pense à Hendrix –Jimmy, le dieu de la guitare folle–, juste avant de mourir, à 28 ans (en 1970), il écrivait une fable, une chanson, sur Jésus et sur nous tous, son histoire, traversant le désert et y trouvant la rose, au milieu, improbable fraîcheur dans la sécheresse des vents et sables, besoin d’amour, comme nous tous.
Religion d’amour comme consolation du manque : universel, en effet. Plus universel que ça, tu meurs ! Plus fragile et mortel que ça, l’instant, en effet, projette l’éternel. Ex-plosion.
Croire que le miracle est possible. Croire assez fort qu’il le devienne. Quel saint pourra vérifier cela ?
Pourtant dans la vie de plusieurs l’amour est le miracle de tous les jours, renouvelé et dépassant l’horizon de l’être individuel. Ef-fusion. Ne croyons que cela n’a pas encore assez donné à penser. Et tous les Heidegger et autres petits caporaux de l’être peuvent aller se rendormir.
bienvenue dans l’univers pré-postapocalyptique
bienvenue dans le monde pré-postapocalyptique
Bienvenue dans le monde de Dick ! Ici nous prenons sa défense. L’univers de la science-fiction a été souvent appelé anticipation. Les Anglais ont parlé souvent de « spéculative fiction », mais cela n’est pas suffisant pour nommer cette fonction de vision avancée de ce qui pourrait ‘nous’ menacer. Prophétie? Avertissement, pour nous sensibiliser? nous prémunir? Je crois que la meilleure science-fiction est travaillée par une inquiétude de l’avenir.
Puis nous réalisons que notre espèce évolue presque toujours sur une ligne de la crise maximale. Quand on regarde jusque dans le lointain passé on dirait que l’humanité, ce qui allait devenir l’humanité enfin, telle que nous la connaissons, a presque toujours été en danger et menacée d’extinction assez souvent.
C’est à un tel point que beaucoup font appel à l’intervention d’une providence pour expliquer cette improbable survie 1) à partir des conditions extrêmes du continent hypothétiquement originaire, climats et faunes de l’Afrique[1], encore aujourd’hui associée aux maladies, aux insectes. 2) Dans la très précaire adaptation aux conditions climatiques changeantes, aussi, notamment les glaciations qui gelèrent sévèrement sous une épaisse chape de glace toute l’Europe et le nord de l’Asie.
La catastrophe n’a pas encore eu lieu, mais nous en savons assez maintenant pour voir que cela n’est qu’une question de temps. Nous savons aujourd’hui que nous sommes l’espèce catastrophiste, portée sur les extrêmes, sinon tout simplement l’espèce catastrophique. Et nous avons appris à déployer tant de puissance que nous savons aussi quelques aspects au moins de cette situation nouvelles : que plusieurs de ces catastrophes qui nous menacent sont le résultat de notre propre fait.
Il ne nous est plus permis de nous y tromper : les changements climatiques en cours auront des effets spectaculaires et c’est déjà commencé, nous ne parlons pas d‘un distant avenir. Ils vont forcer une adaptation, des changements radicaux dans nos sociétés. Difficile de prévoir le long terme alors que nous voyons déjà que le court terme recèle une succession de catastrophes d’intensité croissante qui vont nous poser des problèmes toujours plus aigus, et poser des défis de plus en plus insurmontables. On peut légitimement s’inquiéter : comment saurons-nous nous montrer à la hauteur ?
Dans cette situation qui m’apparaît des plus réalistes, bien sûr la littérature peut continuer de jouer son rôle de sédatif dans la cohorte des divertissements, mais je vois qu’elle est porteuse aussi d’une possibilité informative, émancipatrice peut-être, en cherchant à prévenir les menaces.
On dit que tous les goûts sont dans la nature et on défend leur diversité d’intérêts chez les lecteurs. Je veux bien respecter le « pluralisme », mais je préfère choisir mon camp, prendre parti et défendre la pertinence plus grande, à mon sens, d’une science-fiction élucidante, nous permettant de faire face aux devenirs.
La question de Dick, finalement, porte sur un problème de perception. Si vous croyez pas qu’il y a sérieusement quelque chose qui cloche avec le réel, eh bien… tant mieux pour vous. Vous n’avez pas besoin de Dick. Vous êtes des personnes tellement équilibrées et en harmonie avec le présent que je vous concède le choix de ne pas apprécier sa prose.
Et en plus, vous n’avez absolument pas besoin de savoir ce que moi j’en pense… Mais je vais le dire quand même. Moi je pense que ceux qui pensent qu’il n’y a rien qui cloche, sérieusement, avec notre réel, bien là… Je crois qu’ils ont tort. Sont-ils de mauvaise foi, ont-ils peur pour se cacher ainsi la tête dans le sable ? Je ne sais. Faudrait voir pour chaque cas.
Que ferons-nous quand les catastrophes locales seront assez intensifiées pour constituer une grande catastrophe globale ? Je pense que chacun, aujourd’hui, doit se poser ce genre de question.
[1] À noter que la science chinoise n’est pas d’accord avec cette théorie de l’Afrique, berceau commun de toute l’humanité et des savants Chinois proposent à tout le moins l’alternative d’une double origine, sinon principalement asiatique… C’est un des problèmes qui se pose avec les Chinois: ils sont convaincus de former la principale version de l’humanité. Aux autres de prouver leurs mérites…